Quand Nathalie m’a appelée l’année dernière, elle était au bord des larmes. Son façonnier venait de lui annoncer trois mois de retard sur sa gamme de compléments sportifs bio. Le salon Natexpo approchait, les précommandes s’accumulaient, et elle n’avait rien à livrer. Le pire ? Elle avait signé sur la base d’un devis alléchant, sans jamais visiter les locaux. Son erreur lui a coûté 8 000 € de reformulation et une saison entière.
Ce cas n’est pas isolé. Avec un marché français de 2,9 milliards d’euros en 2024 et une croissance de près de 6 %, les façonniers se multiplient. Certains sont excellents. D’autres ? Disons qu’ils savent rédiger de jolis devis.
Information importante
Ce contenu est fourni à titre informatif et ne constitue pas un conseil juridique ou réglementaire. Pour la mise sur le marché de compléments alimentaires, consultez la DGCCRF et vérifiez la conformité de vos produits auprès des organismes habilités.
- Visitez systématiquement les locaux avant signature — non négociable
- Vérifiez les certifications à la source (pas sur le site du fabricant)
- Exigez un lot pilote avant tout engagement volume
- Clarifiez les MOQ réels et les conditions de flexibilité
- Demandez les résultats du dernier audit qualité externe
Dans cet article
- Pourquoi le mauvais choix de fabricant peut couler votre marque
- Façonnier, laboratoire intégré, semi-intégré : lequel choisir selon votre projet
- Les 6 critères non négociables pour évaluer un fabricant bio
- Visite d’usine : les 10 questions qui démasquent un fabricant fragile
- Vos questions sur le choix d’un fabricant de compléments bio
Pourquoi le mauvais choix de fabricant peut couler votre marque
Soyons clairs : un fabricant défaillant ne vous fera pas juste perdre du temps. Il peut littéralement enterrer votre projet. J’ai vu des marques prometteuses disparaître parce que leur façonnier avait perdu sa certification bio en cours de contrat. Du jour au lendemain, plus rien à vendre. Et le pire dans tout ça ? Les signes étaient là depuis le début.
50%
des compléments commercialisés ne seraient pas déclarés selon la DGAL
Ce chiffre m’a scotchée quand je l’ai découvert. Selon les données de la nouvelle plateforme Compl’Alim lancée en septembre 2024, la moitié des produits sur le marché français circulent sans déclaration officielle. Ça veut dire quoi concrètement ? Que votre futur fabricant travaille peut-être avec des marques qui ne respectent même pas les bases réglementaires.
Signaux d’alerte chez un fabricant
Si vous observez l’un de ces comportements, fuyez : refus de visite des locaux, certificats bio non vérifiables en ligne, absence de numéro de lot sur les échantillons, ou pression pour signer avant d’avoir reçu un lot pilote.
Dans ma pratique d’accompagnement de marques bio, l’erreur que je rencontre le plus souvent reste la même depuis des années : les porteurs de projet signent sur devis. Ils comparent trois ou quatre offres, choisissent la plus compétitive, et découvrent les problèmes six mois plus tard. La visite d’usine ? Trop contraignante. L’appel au précédent client référence ? Pas le temps.

Je ne vais pas vous mentir : même avec toutes les précautions, il y a toujours une part d’incertitude. Mais entre foncer tête baissée et prendre deux semaines pour vérifier les fondamentaux, la différence peut représenter des dizaines de milliers d’euros.
Façonnier, laboratoire intégré, semi-intégré : lequel choisir selon votre projet
Avant de comparer les fabricants entre eux, encore faut-il savoir quel type de partenaire vous cherchez. Franchement, la confusion que je vois sur ce point me surprend encore. Beaucoup de créateurs de marques utilisent « façonnier » et « laboratoire » comme des synonymes. C’est une erreur qui peut coûter cher.
Le façonnier pure player : flexibilité maximale, vigilance renforcée
Le façonnier classique, c’est le prestataire qui fabrique pour vous selon votre formule ou la sienne. Il ne développe généralement pas de produits en propre. Son avantage principal ? La flexibilité. Ses quantités minimales de commande démarrent souvent autour de 500 à 1 000 unités selon les formes galéniques. Parfait pour tester un marché.
Le revers de la médaille : comme il travaille pour de nombreuses marques simultanément, les risques de contamination croisée existent. Vous devez impérativement vérifier ses protocoles de nettoyage entre les productions. Et non, la question ne se pose pas que pour les allergènes — le bio aussi nécessite une séparation stricte avec le conventionnel.
Le laboratoire intégré : maîtrise totale, volumes minimum élevés
Le laboratoire intégré contrôle toute la chaîne : R&D, approvisionnement matières premières, production, conditionnement, et parfois même la logistique. C’est rassurant sur le papier. Dans les faits, ces structures s’adressent rarement aux petites marques.
Leurs MOQ ? Comptez plutôt 5 000 à 10 000 unités minimum. Et les délais de développement peuvent s’étirer sur six mois avant la première production. Si vous lancez votre première gamme avec un budget serré, ce n’est probablement pas par là qu’il faut commencer.
Le semi-intégré : le compromis qui séduit les marques émergentes
Entre les deux, le semi-intégré propose un accompagnement R&D sans les contraintes de volume des gros laboratoires. Ces structures, souvent implantées dans des pôles comme la Biovallée en Drôme, combinent expertise formulatoire et souplesse de production.
C’est vers ce profil que j’oriente la plupart des marques que j’accompagne quand elles dépassent la phase de lancement. Le rapport qualité/service/volume y est généralement meilleur pour des gammes de 2 000 à 5 000 unités par référence.
Quel type de fabricant pour votre projet bio ?
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Volume inférieur à 1 000 unités + budget serré :
Orientez-vous vers un façonnier flexible acceptant les petites séries. Prévoyez une vigilance renforcée sur les certifications.
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Volume entre 1 000 et 5 000 unités + exigence qualité premium :
Le semi-intégré avec capacité R&D répond à ce besoin. Vous bénéficiez d’un accompagnement formulatoire sans les contraintes des gros labos.
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Volume supérieur à 5 000 unités + marge confortable :
Le laboratoire intégré devient pertinent. La maîtrise complète de la chaîne sécurise votre approvisionnement sur le long terme.
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Urgence de mise sur le marché (moins de 3 mois) :
Privilégiez un façonnier disposant déjà des matières premières en stock. Les délais d’approvisionnement représentent souvent 60 % du temps total.
Ce schéma reste indicatif. J’ai vu des laboratoires intégrés accepter des volumes de 2 000 unités pour fidéliser une marque prometteuse. À l’inverse, certains façonniers affichent des MOQ de 3 000 unités. Tout se négocie.
| Critère | Façonnier | Semi-intégré | Laboratoire intégré |
|---|---|---|---|
| MOQ typique | 500-2 000 unités | 2 000-5 000 unités | 5 000-10 000 unités |
| Accompagnement R&D | Limité ou absent | Inclus | Complet |
| Délai moyen 1ère production | 6-10 semaines | 10-14 semaines | 16-24 semaines |
| Risque contamination croisée | À surveiller | Modéré | Faible |
| Profil idéal | Lancement, test marché | Croissance, gamme établie | Volume, long terme |
Les 6 critères non négociables pour évaluer un fabricant bio
Maintenant qu’on a clarifié les types de partenaires, passons aux critères qui comptent vraiment. J’aurais pu vous en lister douze. Mais soyons honnêtes : si vous vérifiez correctement ces six-là, vous éliminez déjà 80 % des fabricants problématiques.

Critère 1 : La déclaration réglementaire vérifiable. Depuis septembre 2024, la plateforme Compl’Alim a remplacé Téléicare pour les déclarations de compléments alimentaires. Selon le guide officiel de la DGAL, tout opérateur doit déclarer ses produits avant mise sur le marché. Un fabricant qui ne peut pas vous montrer ses propres déclarations ? Passez votre chemin.
Critère 2 : La certification bio auprès d’un organisme agréé. Le logo AB ou le label bio européen ne suffit pas. Demandez le numéro de certificat et vérifiez-le sur le site de l’organisme certificateur (Ecocert, Certipaq Bio, Bureau Veritas…). Un audit annuel minimum est obligatoire. Si le dernier date de plus de 14 mois, c’est suspect.
Critère 3 : La certification ISO 22000 ou équivalent FSSC 22000. La norme ISO 22000 intègre les principes HACCP et garantit un système de management de la sécurité alimentaire. Ce n’est pas légalement obligatoire pour les compléments alimentaires, mais c’est devenu un standard de fait. Un fabricant sans ISO 22000 en 2025 ? Signal d’alerte.
Critère 4 : La traçabilité documentée des matières premières. Chaque lot de matière première doit être accompagné d’un certificat d’analyse. Demandez à voir un exemple anonymisé. Si le fabricant hésite ou vous dit que « c’est confidentiel », posez-vous des questions.
Critère 5 : Les références clients vérifiables. Un bon fabricant accepte de vous mettre en contact avec deux ou trois marques clientes. S’il refuse systématiquement au motif de la confidentialité, c’est souvent qu’il a quelque chose à cacher. Les marques satisfaites parlent volontiers de leur partenaire.
Critère 6 : La capacité à produire un lot pilote. Avant de vous engager sur des volumes, exigez un lot test de quelques centaines d’unités. Ça vous permet de valider la qualité réelle, pas celle promise sur le papier. Un fabricant qui refuse le lot pilote ou le facture au prix fort n’est pas dans une logique de partenariat. Si vous cherchez à approfondir ces critères, consultez les ressources disponibles sur le sujet pour compléter votre grille d’évaluation.
Le saviez-vous ? 61 % des Français consomment des compléments alimentaires selon l’étude SYNADIET 2024. Cette demande croissante attire de nouveaux fabricants, pas tous au même niveau de rigueur. Votre vigilance à l’entrée vous évitera des problèmes en pleine croissance.
Visite d’usine : les 10 questions qui démasquent un fabricant fragile
La visite des locaux, c’est le moment de vérité. Et croyez-moi, ce que vous allez observer vous en dira plus que dix échanges de mails. J’ai visité des dizaines de laboratoires et façonniers. Les bons se reconnaissent à leur transparence. Les autres… ils trouvent toujours une excuse pour vous montrer seulement la salle de réunion.
Voici les questions que je pose systématiquement. Elles sont directes, parfois inconfortables. C’est précisément pour ça qu’elles fonctionnent.
Les 10 questions à poser en visite d’usine
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Puis-je voir votre certificat bio original ?
Pas une copie, l’original affiché. Vérifiez la date de validité et le périmètre couvert.
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Quand a eu lieu votre dernier audit ISO 22000 ?
Un audit récent (moins de 12 mois) avec rapport disponible est un bon signe.
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Comment gérez-vous la séparation bio/conventionnel ?
Lignes dédiées ou protocoles de nettoyage validés ? Demandez à voir les procédures écrites.
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Puis-je consulter un certificat d’analyse matière première ?
Un exemple anonymisé suffit. L’important est de vérifier qu’ils existent pour chaque lot.
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Quel est votre taux de conformité au premier passage ?
Un fabricant sérieux connaît ce chiffre. S’il hésite, c’est qu’il ne le mesure probablement pas.
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Que se passe-t-il si un lot est non conforme ?
Procédure de rappel, gestion des réclamations, délai de remplacement : tout doit être formalisé.
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Puis-je visiter la zone de stockage des matières premières ?
L’état du stock (propreté, organisation, température contrôlée) révèle le niveau de rigueur global.
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Combien de marques produisez-vous actuellement ?
Trop peu = risque de dépendance. Trop = risque de saturation et retards.
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Pouvez-vous me donner 2 références clients à contacter ?
Un refus catégorique est un signal d’alerte majeur.
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Quels sont vos délais actuels et votre carnet de commandes ?
Un fabricant transparent vous dit la vérité, même si ça implique 8 semaines d’attente.
Cette liste n’est pas exhaustive, mais elle couvre les points critiques. D’ailleurs, si vous sentez une réticence sur plus de deux questions, c’est généralement mauvais signe. Les bons fabricants sont fiers de montrer leurs processus.
Cas concret : comment une visite a évité le pire
J’ai accompagné une créatrice de compléments sportifs bio en 2023 qui avait présélectionné deux façonniers. Le premier, basé en Drôme, avait le devis le plus élevé. Le second, moins cher de 15 %. Lors de la visite du second, on a découvert que leur certification bio ne couvrait que les gélules, pas les poudres — alors que sa gamme comprenait des shakers protéinés. Sans cette visite, elle signait un contrat inapplicable pour la moitié de ses produits.
Je recommande toujours de visiter au moins deux fabricants avant de décider. Même si l’un vous semble parfait dès le premier contact. La comparaison terrain change souvent la donne.
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Premier contact et demande de devis -
Réception des devis et documentation qualité -
Visite des locaux et audit informel -
Demande d’échantillons et tests de formulation -
Négociation contrat et conditions MOQ -
Signature et lancement production pilote
Vos questions sur le choix d’un fabricant de compléments bio
Au fil de mes accompagnements, certaines questions reviennent systématiquement. J’y réponds ici directement, sans langue de bois.
Peut-on visiter un fabricant avant de signer un contrat ?
Oui, et c’est même indispensable. Un fabricant qui refuse une visite pré-contractuelle cache quelque chose. La visite doit inclure les zones de production, pas seulement les bureaux. Prévoyez une demi-journée minimum.
Quelle est la différence entre certification bio et label AB ?
Le label AB est la marque française attestant le respect du règlement bio européen. La certification bio désigne le processus de contrôle par un organisme agréé (Ecocert, Certipaq…). Les deux vont ensemble : pas de logo AB sans certification valide.
Combien coûte un lot pilote chez un façonnier ?
Comptez entre 800 et 2 500 € selon la complexité de la formulation et le nombre d’unités (généralement 200 à 500). Certains façonniers déduisent ce coût de la première commande si vous signez. Négociez ce point dès le début.
Comment vérifier qu’un certificat bio est authentique ?
Rendez-vous sur le site de l’organisme certificateur indiqué sur le certificat. Ecocert, par exemple, dispose d’un annuaire public des opérateurs certifiés. Vérifiez le numéro, la date de validité et le périmètre exact (quels produits, quelles activités).
Que faire si mon fabricant perd sa certification en cours de contrat ?
Prévoyez cette situation dans votre contrat avec une clause de résiliation pour défaut de certification. En l’absence de clause, vous restez lié contractuellement mais ne pouvez plus commercialiser vos produits comme bio. C’est la pire situation possible.
Si vous vous interrogez sur les risques liés aux compléments alimentaires, c’est justement parce que le choix du fabricant conditionne la qualité finale de ce que vos clients consomment.
Les marques qui réussissent dans ce secteur sont celles qui considèrent leur fabricant comme un partenaire stratégique, pas comme un simple fournisseur. Prenez le temps de cette sélection. Les quelques semaines investies maintenant vous éviteront des mois de galère ensuite.
La prochaine étape pour vous
Votre plan d’action pour les 30 prochains jours
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Lister 3 à 5 fabricants potentiels correspondant à votre profil volume
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Demander les certificats bio et ISO 22000 avant toute visite
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Vérifier chaque certificat sur le site de l’organisme émetteur
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Planifier deux visites minimum avec la liste des 10 questions
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Exiger un lot pilote avant engagement volume
Si vous développez également une gamme cosmétique bio en parallèle de vos compléments, les enjeux de sélection sont similaires. Le contrôle de qualité des cosmétiques bio repose sur les mêmes fondamentaux de traçabilité et de certification.
Un dernier conseil avant de vous lancer : ne sous-estimez jamais l’importance de la proximité géographique. Un fabricant à deux heures de route, c’est un partenaire que vous pouvez visiter régulièrement. À l’autre bout de la France, les visites deviennent rares, et les problèmes se règlent moins vite.
